Baptiste Larseneur, expert associé de l’Institut Montaigne, décrypte les piètres résultats des élèves français dans l’enquête Pisa menée en 2025.
Les résultats de 2025 comptent parmi les plus faibles jamais obtenus au test Pisa en France dans l'ensemble des trois domaines d'évaluation que sont les sciences, les mathématiques et la compréhension de l'écrit", constatent les analystes de l’OCDE.
La grande enquête internationale menée auprès de 760 000 élèves de 15 ans dans 91 pays met en lumière, une fois encore, les failles de notre système éducatif. La France, même si elle se situe à peine dans la moyenne des autres pays de l'OCDE, reste largement distancée par les pays asiatiques - la Chine, Singapour, le Japon, la Corée - qui caracolent toujours en tête. Tandis que certains pays européens comme l'Estonie ou le Royaume-Uni, qui réussissent notamment à décrocher la quatrième et la sixième place en sciences, affichent eux aussi de bons scores dans les trois matières évaluées.
Pourquoi la France ne suit-elle pas cette tendance ?
Baptiste Larseneur, expert associé de l’Institut Montaigne spécialisé dans les questions d’éducation, décrypte les raisons de la baisse amorcée dans notre pays il y a une dizaine d'années.
L'Express : La baisse des résultats de Pisa 2025 est particulièrement importante en mathématiques et en compréhension de l’écrit. Pourtant, les différents ministres qui se sont succédé ces dernières années n’ont cessé de marteler leur volonté de remettre l’accent sur les "fondamentaux". Comment expliquer ce paradoxe ?
Baptiste Larseneur : Entre 2015 et 2025, la France a perdu 43 points en lecture et 35 points en mathématiques. Une baisse nettement plus marquée que celle observée dans les autres pays de l’OCDE, qui enregistrent en moyenne un recul de 27 points en lecture et de 24 points en mathématiques. Ce décrochage est extrêmement préoccupant. Il est vrai que, sur le papier, la France est le pays qui consacre le plus de temps à l’apprentissage des fondamentaux. Mais la question est de savoir ce qui se passe dans les classes. Le volume horaire affiché se traduit-il par autant de temps d’apprentissage effectif ? Et surtout, les pratiques pédagogiques mises en œuvre sont-elles efficaces ?
Nous savons que certaines habitudes dont l’efficacité est contestée par la science restent en vigueur dans les classes, comme les méthodes d’apprentissage de lecture inspirées de l'approche semi-globale. La difficulté tient surtout au fait que les résultats de la recherche ne sont pas suffisamment diffusés et appliqués dans l’ensemble du système éducatif. D’où l’importance de renforcer la formation initiale et l’accompagnement des professeurs, afin de rompre leur isolement et de mieux les guider dans leurs pratiques. Ce sont les enseignants qui forment le cœur du réacteur de notre système scolaire, c’est donc sur eux qu’il faut concentrer nos efforts.
L’enquête démontre que plus d’un élève de 15 ans sur trois en France n’atteint pas le niveau minimal de compétences, aussi bien en mathématiques qu’en lecture...
Le plus préoccupant est que tous les élèves sont touchés par cette baisse de niveau. La proportion de jeunes considérés comme "peu performants" a augmenté de 11 points en compréhension de l’écrit et de 12 points en mathématiques depuis 2015. Or on sait que la grande difficulté scolaire peut avoir des conséquences économiques considérables. Une étude de 2025 estime à 340 000 euros, sur l’ensemble de sa vie active, le surcoût pour la collectivité, d’un élève qui quitte le système éducatif sans diplôme.
Mais ce n’est pas le seul signal d’alerte. L’enquête Pisa 2025 montre également que la proportion d’élèves "très performants" a reculé de 7 points en compréhension de l’écrit et de 6 points en mathématiques sur une décennie. Or ce sont précisément eux qui, demain, seront susceptibles de porter l’innovation, de créer de la valeur et de contribuer au financement de notre modèle social. C’est à travers ces deux indicateurs, la capacité du système à faire progresser les élèves les plus fragiles et celle à faire émerger davantage d’élèves très performants, que l’on peut mesurer la qualité d’un système éducatif.
Comment inverser ces tendances ?
La priorité serait de prendre le problème à la racine en agissant dès la maternelle. Pendant trop longtemps, sous l’impulsion de l’Inspection générale de l’Education nationale, on a considéré qu’il ne fallait surtout pas "primariser" l’école maternelle et qu’il fallait avant tout privilégier le bien-être des enfants. Or ces objectifs ne sont pas incompatibles avec le fait de vouloir lutter contre les inégalités et la construction de l’échec scolaire le plus tôt possible.
On sait aujourd’hui qu’à quatre ans, un enfant issu d’un milieu défavorisé a entendu beaucoup moins de mots qu’un élève issu d’un milieu favorisé. Cette différence a nécessairement des conséquences sur le développement du langage, l’acquisition du vocabulaire, la connaissance des sons et plus largement, sur la manière d’aborder les apprentissages fondamentaux. C’est pourquoi nous proposons notamment, à l’Institut Montaigne, de dédoubler les classes de moyenne section de maternelle en REP (NDLR : Réseau d’éducation prioritaire) et en REP+, dans la continuité de ce qui a déjà été engagé ces dernières années en grande section, en CP et en CE1.
Les résultats sont très mauvais à l’échelle mondiale. Même les pays développés enregistrent un recul et peinent à inverser la tendance. A l’exception notable du Royaume-Uni, un des rares pays à tirer son épingle du jeu.
Rappelons aussi que la dernière cohorte d’élèves de 15 ans à avoir passé ces tests a, comme la précédente, été marquée par la crise du Covid-19. La trajectoire descendante de la France n’en demeure pas moins préoccupante.
Un autre constat aurait pu, à première vue, nous rassurer. Les auteurs de l’enquête Pisa soulignent qu’"entre 2015 et 2025, l’écart de performance en sciences entre les 25 % d’élèves les plus favorisés et les 25 % les plus défavorisés sur le plan économique s’est réduit en France". Mais ce rapprochement est en réalité trompeur : il s’explique par la baisse des résultats des élèves les plus favorisés, tandis que ceux des élèves défavorisés restent stables. C’est donc moins une réduction des inégalités qu’un nivellement par le bas. Nous peinons toujours à lutter efficacement contre les déterminismes sociaux et à garantir une véritable égalité des chances.
Dédoublement des classes, instruction obligatoire à trois ans, pacte enseignant… De nombreuses réformes ont pourtant été menées en France. Inutiles, voire contre-productives ?
Attention, toutes les mesures prises ces dernières années n’ont pas nécessairement eu d’incidence sur les résultats de la dernière cohorte d’élèves évaluée. Prenons l’exemple du dédoublement des classes : lorsque la réforme a été mise en place par Jean-Michel Blanquer, ces élèves étaient déjà en CE2. Ils n’en ont donc pas bénéficié. De même, ils n’ont pas été concernés par les mesures annoncées par Gabriel Attal dans le cadre de son "choc des savoirs", ni par le pacte enseignant instauré sous Pap Ndiaye.
Les conclusions de la dernière enquête Pisa sont davantage le reflet des politiques éducatives engagées sous François Hollande par Vincent Peillon et mises en œuvre par Najat Vallaud-Belkacem.
Il faudra attendre la prochaine édition, dans quatre ans, pour mesurer l’efficacité des réformes mises en œuvre sous les quinquennats d’Emmanuel Macron, notamment celles consacrées à l’école primaire. Si l’on ajoute à cela la diminution progressive des effets de la crise du Covid-19, une amélioration des scores n’est pas à exclure. Reste à savoir si cette éventuelle remontée permettra à la France de faire mieux que la moyenne de l’OCDE, ou si elle se contentera de suivre la tendance générale.
publié le 8 septembre à 10h05, Propos recueillis par Amandine Hirou, L'Express