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Sentier de Vie

18 Juin 2014 , Rédigé par Michel Hannecart

Sentier de Vie

Publié le 18 Juin 2014 - Joux-La-Ville le, 15/06/2014

Cher Marc,

Peut-être que mon chemin ne représente qu’un décor de souvenirs ?
Avant de partir en promenade en campagne et nous surprendre par tant de paix, je te livre un premier jet ; une approche, me semble-t-il, honnête de ce sentier de vie et de plaisir.

Il y aura toujours un sentier de vie, un ciel trop gris, un soleil sans retour, un effort à faire après le labour et les yeux de l’amour affronteront ceux du souvenir.
Ce sentier a tout pour nous conduire au plus près d’un partage. Bocage entre prés et marécages, passage étroit, pourtant une ouverture de lumière invite à mémoriser cette perspective incertaine.
Ce sentier rappelle un court voyage au pays du Vert-Vert, tout en ondulations, il révèle sa coulée d’émeraude qui évoque des sentiments d’un charme à l’immuable intemporalité.

Ce sentier n’est pas seul ! Il en est un autre : celui d’un univers où le vide se déchire, se sépare des bois et buissons. De branches en branches les ramures s’accouplent, se soudent et produisent d’étranges formes en suspension. Frisson du clonage, ce sentier nait et prend apparence pour mieux nous séduire avec sa multitude de feuilles plus belles, plus variées, plus vertes les unes que les autres.
Ce sentier, sorte de mère nourricière, possède l’Art et la manière de nous surprendre avec ses détours improbables et ses fondrières dissimulées. Au loin s’écoute le chant du Coucou savant et le grillon nous rassure de sa récurrente acoustique.
N’y aurait-il pas là une savante manipulation du vivant, entre ce que l’on croit voir ou entendre et ce qui existe vraiment ?
Sans doute, ce sentier des délices se trouve-t-il entre Bona et Saint-Saulges, site suspendu entre deux terres. Ce petit chemin reste dissimulé, protégé, il faut le mériter. A deux pas, sur la gauche, un autre sentier nous conduira à travers un théâtre de verdure, une ancienne voie du Taco, petit train qui faisait la navette entre Saint-Saulges et Nevers. C’est ici également que pointe, à quelques mètres de hauteur, la tour du Manoir de Pontillard…
 

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Dessin sur enveloppe kraft et carreau de faïence

Le Sentier des souvenirs 

 Comment ne pas réagir devant les promenades des sentiers que nous avions découverts, Jacqueline et moi, et qui nous furent ensuite commentés et animés par une amie, Andrée, chercheuse au CNRS sur le « Vivant des pieds sur terre ». Entre Bona et Saint-Saulge se cache ce trésor presque invisible que notre chercheuse, au plus près du sol, se mit à analyser en nous décrivant toutes sortes de plantes rares et, soi-disant, introuvables ailleurs.

C’est avec des pincettes, des journaux, des carnets que furent ainsi répertoriées des espèces en voie de disparition. Quant à Mathilde, petite main chez Chanel, elle mettait en page avec soin les meilleures trouvailles, les plus belles plantes, qui se trouvaient toutes dans un périmètre d’à peine cent mètres carrés.
Trouvés parmi les petites annonces du « 58 », Jacqueline et moi, nous nous sommes mariés tout près, à Saxi-Bourdon, petite commune où Monsieur Champion officialisa notre union en septembre 1986. Les amis, peu nombreux, nous ont accompagnés dans notre repaire d’aigle du Manoir de Pontillard où nous attendaient joies, découvertes, soupires et sourires… 

Descendre, monter le chemin de terre du manoir de Pontillard reste un émerveillement pour nos yeux ; à chaque passage c’est un plaisir pour le vivant qui ne rencontre pas d’obstacle pour son futur.
La découverte du sentier nous promettait des instants tamisés, satinés, un mariage organique que nous offrait le vent d’ouest, celui qui sème, projette et s’inspire des reliefs, ceux qui font grandir nos rêves.
Devant, derrière, cerné d’un dôme bleuâtre de toute part en harmonie, ce chemin de soleil glissait à jamais entre les vibrations et la passion. La marche gagne en émotion, en énergie et fleure bon la farouche volonté de retrouver une espèce végétale déjà répertoriée.
Ce sentier selon son rythme, compose, ajuste, accorde les pas du promeneur. Entre ces deux allées de bois de charme, on demeure ébloui par la volonté de prendre ici et là une coulée verte, miroir aux alouettes qui nous nourrit de son inspiration originelle. Les arrêts nombreux sont nécessaires pour surprendre et donner l’accolade à ces âmes bien gardées à la croisée des chemins. Savoir observer, regarder, toucher, reste l’antidote du perfectionniste qui sait que sa patience n’a aucune limite.
Ce sentier naturel, disponible, amoureux de nos randonnées, finit par nous pousser là où la passière est retenue par la rosée.
Nomades, nous sommes comme happés par la démarche de nos peintres impressionnistes. Sans bruit, la voie verte est tracée et les siècles n’altèreront en aucune manière cette aubade narrative. Il nous restera toujours le simple désir de faire corps avec le bruissement d’un brin d’herbe frêle qui se balance entre ciel et terre.
Ce petit chemin nous protège aussi des ombres sombres et humides, il nous invite à travers ses larges couloirs de plein air. Justement, c’est à l’orée de l’étang du Merle, couvert d’un chapeau de brume, que l’enchanteur nous promit l’apparition de l’être aimé. Ce sentier, révélateur d’odeurs qui nous enchantent en permanence, autorise un arsenal de tendresse, de convivialité ; sa perspective s’ouvre sans chercher le superflu et nous offre ses ombelles qui saupoudrent des pollens que le vent chaud éparpille en milliers d’étoiles.
Sentier des influences, prétexte au sentiment inconnu de la nuit, le croquis n’échappera pas au souvenir de ces soirées d’hiver au coin de la cheminée. Images mentales qui prennent possession de l’être, lequel court après l’écriture, fait son travail d’histoire alors que le peintre enchante le poète qui, lui, sèmera quelques mots pour faire partager ses sentiments. Tout au long des saisons les balades se succèderont avec les changements des couleurs, des odeurs.
Les bas côtés nourriront sans fin les taillis et les fougères. Ici les graminées, les giroflées et autres guimauves partageront encore les hauteurs du ciel. Les premiers pas timides du promeneur lui donneront à voir, à écouter cette délicieuse symphonie des herbes folles, des insectes volants, papillons et sauterelles, sans oublier les multiples structures souples des épeires, construites à la verticale, entre buissons d’épineux et genévriers.

Moments heureux, éphémères, transportés comme une couronne de ciel bleu, impénétrable métaphore du réel, les libellules s’agitent en grâce, leurs élégantes ailes translucides toutes vibrantes.
renaissance du visible dans un écrin romantique où les mystères de la vie règnent sur le vivant. Un martin pêcheur surpris par notre regard nous fit baisser la tête.
Mais le chemin est maintenant derrière nous. Plus avant se dessinent de grands arbres. Doucement nous approchons d’un marécage où des dizaines de grenouilles se mettent à faire « flic-flac » dans une mare d’eau saturée d’euphorbes vertes, d’ombelles, de fougères.
Accroupis dans un silence respectueux, heureux, l’or des boutons d’or nous enveloppait d’une rare beauté sauvage. En contrebas, derrière un décaissement, on apercevait les circonvolutions d’un petit cours d’eau nommé la Canne…

Publié le 7 Juillet 2014

C'est sous un ciel de feuilles mobiles, rempli d'odeurs sophistiquées que s'offre la Canne. Palpable, l'oxygène transporte la grâce de ce palais vert, ce bocage s'abandonne et inspire des reflets colorés sur la palette de l'artiste.
Rituel furtif d'un héron, passage de la belette et du putois, jusqu'au vol d'un hanneton suspendu entre deux vents, virtuosité de la nature vivante qui se déroule au plus près de nos yeux.
La Canne s'arrange, échange des larmes de couleur, des formes de toutes tailles. Fondamentale, la photo-synthèse s'échappe en atmosphère gazeuse. Attachées à la tige par le pétiole, les feuilles respirent et s'inscrivent en notre mémoire pour nous rappeler la marche feutrée du temps.

Au bord de la Canne
Après avoir préparé les perches de saules et monté les lignes, lancé quelques appâts, il nous fallait porter les accessoires afin de bien profiter de cette journée au bord de l'eau. On s'approchait de la Canne soit par le pré jouxtant le manoir de Pontillard, soit en passant par le moulin. Pour traverser cette marée de graminées compactes, hautes avec un sol très marécageux, il fallait se munir de bottes et se frayer un chemin entre deux murs en ruines. Armé d'une petite trique il était nécessaire, d'un coup sec, de couper la base des digitales, des diatomées, des chardons, des acanthes, des absinthes sans évoquer les quantités d'orties.
Lentement nous approchions de l'essentiel, du chant de l'eau rafraîchissant l'atmosphère. Nous arrivions au plus près du bord là où mousses et cressons sauvages ne partagent que la délicatesse agréable, celle qui procure un confort délicieux. Étrange sensation que celle de transporter notre corps au fil de l'eau, matière imprévisible où tout est en symbiose.
La Canne en filigrane s'occupe à fleur d'eau de ses galets polis, de quantités de souches, de graminées où reposent les libellules bleues. Il suffisait de retourner les galets pour se procurer les « portes-bois », ces larves de libellules qui sont de fameux appâts, très appréciés par les goujons et les ablettes.
Cela restait qu'une petite pêche à la ligne, dans les méandres d'une rivière du centre de la France. Mais c'est en cet endroit que le bonheur existe, accompagné de mille lumières phosphorescentes qui vous procurent la maladie d'amour : amour de ses berges qui retiennent les roseaux, les joncs, les algues longues, fines comme des fils d'anges.
Devant, derrière, les pieds à fouiller la vase, la vue toujours tendue sur la ligne, sur son bouchon juste en surface, là où s'écoulent un écrin d'eau et un souffle de vent...

Figuration d'un grand théâtre de vie, la Canne, légitime dans son orgueil, ne varie pas, ne s'écarte pas et marque son attachement avec ce qu'elle a de plus beau. La rivière rassure, surprend, émerveille, il faut la croquer, la savourer, l'aimer en secret, alors seulement nous nous souviendrons de ses jeux d'ombres, de ses remous, de ses écrevisses grises. Déjà le soleil tombait dans ses nuages vifs argent et l'horizon courrait ailleurs, autour d'un monde impossible à franchir.
De la virtuosité il n'y a qu'un pas ! Tout cela pour capturer et retenir nos rêves. La Canne, fine bande d'eau incrustée d'étoiles, prend ses aises et s'étire, se faufile ou parfois somnole. Mais la Canne veille éternellement sur son fil de soie et nos souvenirs.

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