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Photographes & Modèles

16 Août 2013 , Rédigé par education-programme

 

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Les photographes du début du XXème siècle ne disposant pas encore d’éclairage électrique travaillaient avec la lumière du jour qui filtrait à travers la verrière de l’atelier. Un système de rideau permettait de doser cette lumière et de l’adoucir afin d’éviter les ombres trop marquées. Des réflecteurs, sorte de grands miroirs, étaient également employés ou bien alors aussi des draps blancs tendus toujours pour estomper ces ombres.

L’appareil de prise de vues est une chambre de grand format, lourde et volumineuse, posée sur un pied. Pas question de la déplacer entre deux clichés. La mise en place du décor et du modèle se fait en fonction du champ de l’appareil. Les négatifs, sur des plaques de verre, sont de faible sensibilité, ils nécessitent donc un temps de pose assez long. Le modèle doit rester immobile pour que la photo reste nette. Pour faciliter la pose, le modèle prend appui sur un élément du décor, ou bien on l’installe sur une chaise ou un canapé. Lorsque le sujet est debout on a recours à un tuteur pour que le modèle maintienne son corps et sa tête. Lorsque le support reste visible sur le négatif il faut l’effacer par retouches. Les contraintes techniques ne facilitent pas le travail du photographe mais lorsque celui-ci sait en tirer parti, la lumière est très douce sans ombre disgracieuse. Le grain de la photo est généralement fin et reproduit le moindre détail.

 

Dans un article de presse intitulé : « La vie et les mœurs des modèles », Louis Vauxcelles rapporte que les modèles professionnels des années 1850, traditionnellement d’origine italienne, se trouvent 50 ans plus tard remplacés par la Parisienne. Il explique que le nu académique n’est pas forcément ce que l’on demande : « nos modèles de 1905 savent se retrousser, porter un collet de chinchilla, des bottines de chevreau glacé, des gants à douze boutons. Déshabillés, en corset ou en Vénus ils ont de l’allure et de l’esprit – Rares sont les modèles qui restent modèles. On pose, en attendant mieux, pour faire plaisir à un ami peintre, pour parfaire le louis nécessaire à la couturière ou au proprio. On est midinette, fleuriste, blanchisseuse, mannequin, chanteuse, actricette, demi-mondaine… à raison de 5 francs la matinée. On peut compléter ses revenus si l’occasion se présente et l’on monte sur la planche pour poser l’ensemble ou le détail. Certaines, que le métier amuse sans trop fatiguer, ou que la camaraderie d’artistes séduit, demeurent modèles trois mois, trois ans. Mais la plupart ne considèrent l’emploi que comme un pis-aller de transition. »

 

La revue « L’Étude académique », destinée à un public d’artistes et qui lui propose des poses variées, note dans son éditorial du 1er août 1905 :

« Pour faire une œuvre maîtresse, il ne suffit pas que l’artiste ait l’intelligence de la forte conception de son art, il faut encore qu’il soit servi par la perfection de son modèle ».
La plupart des femmes représentées dans cette revue sont belles et très féminines, généralement petites et avec des hanches bien marquées, elles sont bien plus potelées que nos contemporaines mais elles dégagent toujours un charme indéniable.

Entre 1905 et 1920 plusieurs centaines de femmes sont venues se déshabiller devant l’objectif des photographes de la revue. Certaines l’ont fait de manière occasionnelle et d’autres plus régulièrement. Elles ont en moyenne entre 20 et 25 ans, mais il arrive parfois de faire poser de très jeunes filles de 14 ans, la législation de l’époque n’y trouvant alors rien d’anormal.

 

En 1903, après Le Panorama Salon de Ludovic Baschet, Émile Bayard publie le premier numéro de la revue mensuelle Le Nu Esthétique. Annoncé comme un album de documents artistiques d’après nature, le magazine se propose d’inspirer les artistes en leur présentant des photos de modèles nus, hommes, femmes et enfants dans des poses variées mais toujours académiques. Si les modèles masculins portent un cache-sexe, souvent en forme de fleur ou feuille, les femmes y apparaissent dans toute leur nudité, au moins jusqu’en 1908 , c’est-à-dire avant l’intervention du sénateur Bérenger dit « le père la pudeur ».
Devant le succès de cette publication, d’autres éditeurs utiliseront à leur tour le prétexte artistique pour vendre du Nu. En effet, il semble suffisant afin d’éviter la censure de mentionner : « A l’usage des peintres et des sculpteurs ».

En février 1904 paraîtra le premier numéro de l’emblématique « L’Etude Académique », bi-mensuel créé par Amédée Vignola. Le fascicule prétend toujours servir les artistes, peintres, sculpteurs, architectes, décorateurs, graveurs… En fait, il semble que la revue n’ait pas vraiment inspiré lesdits artistes ; le seul exemple notoire étant celui d'Henri Matisse qui y découpait ses nus.

Au début du siècle dernier la nudité reste tolérée dans la mesure où elle n’est ni obscène, ni contraire aux « bonnes mœurs ». Les poses doivent se conformer aux règles de l’académisme en vigueur chez les peintres et sculpteurs. Cependant, la loi ne définit pas la frontière étroite entre l’obscénité et le toléré, laissant aux juges le pouvoir d’en décider eux-mêmes.

Jusqu’en 1908 presque tout est permis, les photos ne sont pas retouchées mais celles-ci ne bénéficient ni d’affichage ni de publicité, les magazines sont présentés sous des couvertures cachetées et interdits aux mineurs. Photos et publications diverses sont souvent vendues par correspondances.

 

Sources :
Christian Bourdon "Jean Agélou" - Ed. Marval Paris 2006
Uwe Scheid Collection "1000 Nudes" - Ed. Taschen Köln 2005
Internet

 

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