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Mémoire de Loire

19 Décembre 2013 , Rédigé par education-programme

 

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Mémoire de Loire, mémoire de condamné

Rivage désert, calme, dans l’intimité d’une heure tardive au soleil couchant accordant sa harpe tendue aux quatre vents, la Loire se lie à la terre et sculpte l’épaisseur du temps toujours sensible à l’atmosphère d’un vol de papillons. La vie éphémère escorte la valeur douce du présent.
Grandiose paysage sans manière ni contrainte, de jour comme de nuit, en perpétuel courant d’air avec cette remise en cause des eaux hautes ou basses qui chargent l’étiage d’une diaphane respiration. Ce milieu quasi mystique nous projette dans la résilience et nous impose un respect majestueux d’une rive à l’autre.
La Gabare noire, bien aimée, patiente, glisse et s’allonge au dessus du fleuve limpide, ses flancs goudronnés rencontrent et racontent l’amour de cette eau en perpétuel mouvement qui, parfois, charrie des bois torturés, usés par le voyage des saisons.
La Loire attend en demi-sommeil les vents d’ouest dominants pour larguer les amarres. Alors la grande voile blanche gonflée permettra ces instants précieux qui annoncent la quiétude d’une ballade au milieu de nulle part.
Les bancs de sable dialoguent avec le contre-courant et ses îles contournées abritent des nichées d’oiseaux. Cette Loire muette et discrète s’offre toute entière, souffle et s’essouffle, strates après strates, ses berges se découvrent et nous invitent dans un cheminement où l’inconscient se prend à rêver du possible, du disponible et de l’impossible.
La Loire sensuelle s’entoure de mystères, d’interrogations, et devient un miroir sans teint qui pousse à la méditation et donne l’envie de s’allonger sans retenue sur les gravières entre le dur et le mou. Choisir le plein, le vide, se faire plaisir avec ce rien, se laisser porter par cette matière mouvante, les yeux, les oreilles aux aguets afin de pleinement profiter de cet instant rare etprivilégié de bien-être.

Sur la Loire, de gros nuages sans retenue enflamment un ciel d’encre. La pluie soudaine frappe et martèle les eaux qui n’en peuvent plus d’absorber ces larmes. Espace fragile sur son fil d’Ariane qui vibre mais ne rompt pas. Le fleuve a digéré la pluie dans l’harmonie d’un rythme apaisé et ses verdiaux se refont même une beauté.
La Loire se plie, se déplie, se place, se déplace, s’organise et prend figure de sentinelle et s’encastre dans le tableau des ombres furtives. La Loire, fille sculpturale, se dessine par elle-même, existe en long, en large, prend soin de son maquillage, de sa couleur. Loire en haute couture, en majesté et sujet de prédilection de tant de peintres et poètes, se met en scène ; capricieuse, elle claque l’instantané, imprévisible elle dévore et met à mal le lit majeur. Passionnément sonore, la Loire nous offre des métaphores monumentales avec la projection de ses queues de sirènes qui annoncent une libération, une fusion, un évènement chaque jours inégalé.
Fleuve fier, à nos pieds depuis la nuit des temps, la Loire propose des coups de soleil, des plages de bonheur, des tendres souvenirs de voiles blanches de Gabares. Elle s’enracine en équilibre et joue les voies d’eau, sereine et ouverte aux étoiles qui, parfois, entraînent des déchirures que rien, ni personne ne pourra guérir.
Paradis des rêves, des canches, des jacinthes d’eau, des ombelles multicolores, de la caresse d’un mot, d’une douceur d’un caillou plat pour ricochets ou d’une poésie en devenir, la Loire ne mesure pas son immensité et le choc de sa présence.

La Loire, avec à ses côté son confluant turbulent Allier, qui, comme une anguille serpente au fil de l’eau dans la luxure d’un autre monde, absorbe le présent en reflétant l’avant, le pendant, l’après ; vaste découverte d’un chemin ayant comme horizon un mélange de plaisirs, de forces vives et d’idéaux.
Un jour, pourtant, nous serons dépouillés de ce joyau, de son herbe haute qui danse, ondule et se plie ; les racines défonceront le passage de nos empreintes pour s’engluer dans le ventre noir de l’univers. Plénitude d’un certain vide, de quelque chose d’insaisissable et de fatal.
Disparaîtra la trace du peintre, du photographe, du poète avec la petite musique du grillon. Ici s’achèvera le voyage, à bon port, à la lueur de la lune rousse d’un soir d’été.

Michel Hannecart, le peintre de passage 

 La Loire2

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