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Le chemin de Pontillard

1 Juillet 2014 , Rédigé par Michel Hannecart

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Un résumé bien court d’une rencontre, il y a maintenant 28 ans.

Lors du comice agricole de Saint-Saulge, en ce mois d’août 1986, Jacqueline et moi présentions quelques pièces de notre fabrication en compagnie d’autres créateurs invités par Monsieur Le Maire, le docteur Lopintho.

La journée s’annonçait douce, le ciel était clair et le carillon de l’église toute proche sonnait 10 heures, mais ce n’est qu’en fin d’après-midi que les curieux commencèrent à affluer et, avec peut-être parmi eux quelques clients. Deux femmes d’un certain âge, d’un abord très agréable et tirées à quatre épingles, se montrèrent intéressées par notre stand. Elles nous demandèrent si nous organisions des stages, par exemple pour des portraits. Ainsi, au fil de la conversation se construisit une connexion, point d’orgue d’un univers qui nous renvoie dans la plénitude du temps. Après un partage de paroles, de sourires, elles nous remirent une carte de visite sur laquelle figurait « Mathilde et Andrée R… ». La première, c’est-à-dire Mathilde, se présentait comme petite main chez Coco Chanel et la seconde, Andrée, comme chercheuse au CNRS, herboriste et grande admiratrice de Théodore Monod.

Nous les invitions donc à venir découvrir le Manoir de Pontillard et son environnement. Le dimanche suivant nous reçûmes leur visite avec au programme, un repas champêtre sous l’ombre d’un tilleul trois fois centenaire.

Enthousiastes, nous avions l’avenir devant nous. La journée s’annonçait radieuse, en couleurs influencées par les mille feux d’un soleil qui mangeait le ciel bleu. Tout en délicatesse, Jacqueline avait installé une table de prince où il ferait bon, sans aucun doute, de tenir le temps avec respect.

Andrée et Mathilde avaient cherché le chemin du Manoir sans remarquer son entrée mais elles avaient fini par trouver cet entre-deux monde, celui qui s’essouffle et celui qui ne garde que l’apesanteur d’un esprit calme et serein.

Avec Jacqueline nous sommes alors descendus main dans la main à leur rencontre. Mathilde, très digne, arborait un large chapeau haute couture couronné d’un voile mauve, elle portait un deux pièces très ajusté d’une couleur lilas et était chaussée de petites ballerines à lacets verts du plus bel effet. Andrée avait adopté une allure plus sportive, pantalon en lin et veste assortie. Que de beauté, c’est magnifique !, déclara Mathilde. Et Andrée de s’exclamer à son tour, c’est beau, oui très beau, métaphysique même ! Elle apprivoisait déjà sa soif de chercheuse. Le paysage était royal, nos pas chantaient le plaisir du partage qui ne manquerait pas de s’ouvrir sur un champ de découvertes.

Après le tour des lieux, nous allions pouvoir profiter d’une forêt d’asperges sauce moutarde, d’un lapin aux pruneaux et d’une salade de fruits à l’orange. Le tout arrosé d’un Sancerre blanc. Bon appétit ! Le café fut servi et, de paroles en paroles, nous apprenions que Mathilde et Andrée étaient deux sœurs sans mari, sans enfant, et qu’elles avaient en quelque sorte tout sacrifié à leur passion. Une dans la dentelle et les étoffes prestigieuses au service de la grande Coco Chanel, et l’autre se passionnant très tôt pour la botanique, la géologie et l’herboristerie. Andrée effectua de nombreuses observations, passionnée par la découverte de nouvelles espèces, avec ses convictions humanistes qui autorisent l’écoute du veilleur du monde…

Aujourd’hui encore, les souvenirs me reviennent, intacts, pleins d’émotion et de mélancolie pour Andrée et Mathilde qui furent deux sœurs, inséparables jusqu’à la mort en 1987.

Elles possédaient depuis de nombreuses années une petite chaumière dans les environs de Rouy, maison toute d’un charme de poupée que nous avons découvert en cet hiver 1986. Nous étions, Jacqueline et moi, confondus par tant de plantes différentes, surtout des moussues. Mais aussi par un labyrinthe d’iris dont les rhyzomes sont utilisés en parfumerie. Ce Noël 1986 fut également pour nous un enchantement, puisque n’ayant pas de chauffage au manoir, nous avions été pris sous les ailes de nos deux protectrices, ravies de notre compagnie au coin du feu. Chaque soir Andrée nous faisait un cours de paléontologie, expliquant la recherche des fossiles rares. A chaque instant, les cours se sont élevés, il était question d’un savoir qui expliquait le pourquoi du comment. Merci mes très chères amies de votre amour de la vie.

 

Expériences partagées et portraiturées par Jacqueline, Andrée et Mathilde ont bien sûr emporté les trois œuvres dûment signées et datées. Avant de nous quitter Mathilde remit discrètement à Jacqueline une enveloppe à n’ouvrir qu’après leur départ. Celle-ci contenait un chèque de dix mille francs représentant leur contribution aux deux artistes qui allaient bientôt prendre leur envol sous d’autres cieux.


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 Pontillard


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