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Art et enseignement

15 Janvier 2012 , Rédigé par education-programme

 

En permanence, hier comme actuellement, l'organisation du système culturel, de ses valeurs, a souvent engendré des critiques et des contestations. Malgré la réticence plus ou moins justifiée d'une partie de « professionnels » toujours attachés au maintien des anciens fondements, les opposants chercheront naturellement à établir de nouvelles pratiques sur de nouveaux critères et donc à réformer les postulats officiels.
L'éducation artistique aujourd'hui ne repose plus sur une initiation dogmatique avec une tradition imposée que l'étudiant n'aurait pas les moyens d'évaluer ou la liberté de critiquer. Les techniques normatives et les modèles canoniques ont été dévalorisés et même carrément rejetés au profit de techniques aléatoires, supposées libérer l'expressivité des élèves.
Au XIXème siècle, l'apprentissage des Beaux-Arts est transmis par le système scolaire avec pour double mission : la conservation des techniques et le respect des idéaux reconnus par la plupart des professionnels. La tâche d'une école spéciale comme l'école des Beaux-Arts est de dispenser la culture technique jugée nécessaire à l'exercice d'un métier ; en formant à un métier, peintre ou sculpteur, elle inculque également les valeurs fondamentales et intellectuelles qui sont attachées à la profession.
Par ailleurs et comme souvent en pareil cas, lorsqu'une situation d'incertitude et de crise apparaît, celle-ci se répercute aussi sur l'institution scolaire qui tend à modifier, voire à bouleverser, son système pédagogique. Ces ajustements périodiques, nécessaires et incontournables, de l'enseignement semblent d'ailleurs de nouveau d'actualité. Si au XIXème siècle l'apprentissage apparaît comme excessivement codifié, au contraire, celui d'aujourd'hui pêchera sans aucun doute par manque de repères.

L’enseignement des Beaux-Arts (1) jusqu’à une phase relativement récente a surtout reposé sur des lois académiques. C’est-à-dire sur l’apprentissage plus ou moins rigoureux des proportions à travers la connaissance du squelette et des muscles, sur l’étude des perspectives linéaires et aériennes, sur le rendu des volumes et des ombres ainsi que sur une certaine idée du sujet et de la composition.
Le but de l’enseignant consiste alors essentiellement à transmettre par l’intermédiaire de trois techniques principales : le dessin, la peinture, la sculpture, un savoir-faire ayant comme référence la réalité objective ou, accessoirement, un modèle classique.
L'interprétation personnelle - qui ne peut s’apprendre - arrive toujours en second lieu, ce qui finalement semble assez logique puisqu’il faut bien reconnaître que la fonction d’une école d'art doit être avant tout de faire passer un ensemble de connaissances pratiques.

L'apprentissage de la représentation du corps, depuis l'Antiquité en passant par la Renaissance, a toujours occupé une place centrale dans l'enseignement artistique occidental. Au XIXème siècle le dessin ou "académie" d'après modèle vivant, d'abord un modèle masculin puis ensuite plus généralement une femme nue, devient d'ailleurs la dernière étape du cursus de l'école des Beaux-Arts.
Cet apprentissage, très codifié, commence d'abord par la reproduction de gravures, puis de plâtres issus de la statuaire antique, pour finir par le modèle vivant proprement dit.

Mai 1968 constitue sans conteste une période charnière au niveau de l’enseignement des Arts. En effet, les anciens critères académiques, jugés trop rigides pour favoriser l’originalité et trop aliénants pour la personnalité des créateurs, se trouvent vivement remis en cause. Les étudiants réclament alors la suppression du Prix de Rome, de la présence obligatoire aux cours avec un alignement sur le système des facultés.
Ces doléances vont être entendues dès 1970 ; année qui entérine, après la suppression du Prix de Rome :
- La fin de la présence régulière aux cours, ce qui ne manquera pas d'engendrer, à plus ou moins long terme, un absentéisme chronique.
- La fin de l’examen de base des Beaux-Arts, le certificat d’aptitude à la formation artistique supérieure (CAFAS) qui, jusqu'alors, authentifiait la maîtrise des techniques artistiques.
A partir de là, les écoles placées sous la dépendance du Ministère de la Culture perdront le monopole de la formation avec la mise en place progressive des facultés d’Arts Plastiques (2) et la création d’un cursus universitaire classique licence-troisième cycle.(3)

Le marché de l'art, les emplois dans ce domaine - enseignement et culture - se trouvant de tout temps très réduits, ces deux filières de formation auront comme conséquence dommageable d'accroître considérablement les effectifs des étudiants diplômés et d'en laisser par conséquent bon nombre sans aucune perspective quant à une carrière professionnelle liée à leur véritable choix.

     

                      Brigitte Nahon, installation dans la verrière de la Villa Saint-Clair, 1992
et Paul Devens, installation réalisée à l'école d'art de Grenoble,1994.

 

Quel contenu pour quel apprentissage ?
A l’image d’une partie de l’art vivant, l’abandon quasi-systématique des références traditionnelles conduira rapidement à la déliquescence des apprentissages fondamentaux (4).
A ce propos, on peut d’ailleurs raisonnablement s’interroger sur le contenu réel qui sera communiqué par des diplômés, n'ayant finalement jamais appris à dessiner et devenus aujourd'hui professeurs d'arts plastiques, à leur jeune public composé principalement de collégiens. Toutefois, il faut espérer que face à leur classe, ces nouveaux enseignants sauront définir des objectifs moins confus que ceux professés en leur temps par leurs maîtres, comme en témoigne le passage suivant sur l’enseignement dans les Écoles d’Art (extrait d’une proposition pédagogique datée de janvier 1995) :
« ... C’est en cela, entre la surprise et le sérieux, comme entre le dit et le non dit, que ce projet (il s’agit des trois affiches monochromes déjà évoquées d’Agnès Tauveron) peut être un exemple du travail mené dans les écoles d’art... Ce projet pointe la distincte différence des études artistiques, la rigoureuse retenue intime et enclose de leur méthode et la nature entrevue, d’entre-deux, de leur ambition. A titre de métaphore pour la visée des enseignements artistiques, ce projet comme les autres qui auraient pu être sélectionnés, allie imagination et calcul, fait et feinte, idée et acte et répond à un cahier des charges. »

 

Pierre-François Letue
Concours et campagne d'affiches réalisés à l'initiative de la Délégation
aux arts plastiques avec le soutien de la Direction des lycées et collèges.

 

L'Education Nationale, elle-même, semble rencontrer quelques soucis avec l'appellation de la matière artistique en lycées-collèges. Tout d'abord nommée simplement "Dessin", celui-ci dans les années 80 en suivant le modèle de l'art contemporain, s'est élargi aux vocables assez vagues mais plus intellectuels de "Arts Plastiques" pour devenir ensuite plus modestement "Education Artistique". En lycée professionnel, sans doute afin de montrer son attachement à la nature concrète des études ainsi qu'à la réalité d'une société de consommation où la publicité tient une grande place, l'appellation "Arts Appliqués" a été préférée par les inspecteurs spécialistes de la discipline. 

Avec le "Dessin" les règles étaient relativement claires et les références tangibles, l'art ou plus exactement ses savoirs pouvaient s'enseigner et s'apprendre, ils relevaient tout naturellement des compétences de l'enseignement public.
Mais aujourd'hui, à l'heure des modes imposées, comment expliquer aux élèves l'utilité de l'art contemporain ou encore justifier les qualités plastiques de la virgule Nike ?
Se pose donc sérieusement la question de savoir s'il faut réformer, maintenir ou supprimer cet enseignement, tant en lycées-collèges qu'au niveau supérieur : facultés-écoles d'art ?
Autrement dit, les enseignements artistiques à l’image de ce qui se pratique déjà pour les conservatoires - musique et théâtre - ne devaient-ils pas revenir à la sphère privée ou à la gestion des seules collectivités territoriales ?
En effet, s'avère-t-il aujourd’hui opportun et juste de conserver des structures aussi lourdes, pourvues de fonctionnaires agrégés et même d'inspecteurs généraux en arts, ce qui ne manque pas d'avoir un coût et de générer des circulaires, pour une matière qui a perdu tout fondement, tout contenu et qui, dans l'état d'esprit actuel et à moins d'en revenir à l'académisme, ne peut plus guère s'enseigner (5).
 

Pour conclure : De la nécessité de tout remettre à plat ?
En sixième-cinquième de Collège la discipline, "Dessin", sous son ancien vocable pourrait sans doute être conservée avec profit. Mais encore faudrait-il commencer par le début et donc en revenir à une forme d’apprentissage académique, même si celui-ci ne semble pas très ludique pour les élèves. La discipline devrait être axée prioritairement sur les notions essentielles de proportions, d'ombres et lumières, d'espace, de couleur. Cela à partir de modèles en plâtre, de gravures, de natures-mortes...
En quatrième-troisième, cet enseignement doit être choisi et devenir facultatif tout en restant bien entendu dans ce cas pris en compte lors de l'examen de fin d'études avec, en fonction de l'orientation, un coefficient important.
Ensuite, la discipline pourrait alors s'étendre progressivement à la peinture et son histoire, aux arts plastiques et appliqués, sans oublier l'étude - si importante aujourd'hui - des domaines relatifs aux traitements informatiques de l'image.

Pour les enseignements supérieurs, et à moins de continuer à se bercer d'illusions sur d'improbables débouchés, il semble clair qu'une des deux filières : facultés-écoles d'art, paraît de trop - sauf à en réduire considérablement les promotions (6).
A trop vouloir décerner de diplômes "nobles" et quel qu'en soit le niveau, la nature même, l’Etat, l’université…, face à la réalité de la vie, sont devenus aussi de redoutables machines à fabriquer beaucoup de déception et de désillusion.

 


 

1) 56 écoles d'art sont placées sous la tutelle pédagogique de la délégation aux Arts Plastiques du Ministère de la culture. Elles dispensent toutes un enseignement post-baccalauréat et sont accessibles après un concours d'entrée. Les étudiants ont la possibilité d'obtenir des bourses. Les écoles délivrent des diplômes nationaux comme le DNAP (Diplôme National d'Arts Plastiques) après trois années d'études ou le DNSEP (Diplôme National Supérieur d'Expression Plastique) après cinq années.
 
2) Enseignée dans quatorze universités, la licence d'arts plastiques s'inscrit dans la continuité du DEUG et compte 1792 étudiants en 2002.
Elle comporte au moins 450 heures d'enseignement, dont 350 heures portent sur les domaines suivants : pratique des arts plastiques en ateliers ; formation généraliste en arts ; exercice d'une technique ; approches discursives ; histoire de l'art avec connaissance de l'art contemporain ; esthétique et théorie des arts plastiques ; initiation à une ou plusieurs sciences humaines appliquées aux arts.
 
 3) La remise en cause d'un enseignement de masse pour les matières artistiques, sans réels débouchés professionnels mis à part l'enseignement, est valable pour d'autres disciplines comme la musicologie, la psychologie... Est-ce vraiment raisonnable d'avoir des milliers d'étudiants en faculté de sciences humaines ?
 
 4) Il paraît tout à fait remarquable et significatif que nombre d'artistes, pourtant d'avant-garde, aient néanmoins pris position en faveur d'un enseignement classique :
Matisse ouvre en 1908, boulevard des Invalides à Paris, une académie. Le peintre dispense alors un enseignement des plus traditionnel, prônant à ses élèves la fréquentation assidue des musées tout en leur inculquant le sens de la tradition. Matisse semble même consterné de les voir barbouiller leurs toiles de couleurs criardes et les ramène prestement au dessin d'après l'antique.
"Le plus souvent est qu'ils ne concevaient pas que je fusse désespéré de les voir faire du Matisse. Je compris alors qu'il me fallait choisir entre mon métier de peintre et celui de professeur."
Le très contemporain Pol Bury se montre lui plus catégorique :
"S'il était permis d'être radical, on affirmerait que l'abandon de l'académisme entraîne, par voie de conséquence, l'abandon de l'enseignement des beaux arts. L'académisme, grâce à ses règles strictes, était forcément pédagogique, donc transmissible. Il est contraire à l'essence même de l'avant-garde de se laisser codifier, donc de se transmettre à travers un enseignement."
 
5) Etre agrégé, docteur ou inspecteur en Arts semble peu légitime. La discipline n'est pas scientifique, ne repose plus sur un savoir-faire particulier et pas davantage sur des critères objectifs. Mais cela n'exclut pas le bon sens de certains diplômés.
"En ma qualité d'enseignant de l'art, j'ai vu défiler dans mes cours des centaines et des centaines d'étudiants. J'ai honte de devoir avouer, qu'au résultat, seuls trois d'entre eux sont aujourd'hui des artistes plus ou moins reconnus, et plus ou moins installés dans le marché de l'art. Les enseignements de l'art ne mènent à rien, économiquement parler, c'est de notoriété publique !..."

 "Elle a chaud au cul"
Ou quand la simple farce un peu naïve permet à son auteur
de devenir la très sérieuse et incontournable référence
de certains enseignants et de tout l'art conceptuel !

 

6) L'Education nationale précise que l’enseignement des arts plastiques en collège sera l’objet d’une prochaine réécriture susceptible de souligner sa participation à la formation générale de l’élève. Reste à savoir dans quel sens ira ladite réécriture.

 

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Marc VEYRAT 21/10/2015 11:57

----- Original Message -----
From: marc veyrat
To: Marc Verat
Cc: Franck Soudan
Sent: Wednesday, October 21, 2015 9:38 AM
Subject: Franck Soudan - Soutenance de thèse - Le Code et le Territoire_MV


MERCI Marc Verat pour ce petit mot… Je ne connais pas encore la suite du chemin….



Début du message réexpédié :


De: "marc verat"

Objet: Rép : Franck Soudan - Soutenance de thèse - Le Code et le Territoire

Date: 20 octobre 2015 17:05:22 UTC+2

À: "marc veyrat"



MERCI ! Tout un programme - où cela peut-il nous mener ?

----- Original Message -----
From: marc veyrat
Sent: Tuesday, October 20, 2015 4:17 PM
Subject: Franck Soudan - Soutenance de thèse - Le Code et le Territoire













Franck Soudan


Soutenance de thèse : jeudi 5 Novembre 2015 / 15h
Hôtel de Cordon, 71 Rue St Réal
Chambéry





Composition du jury :


Ghislaine Azémard (Université Paris 8) – Professeure des Universités. Rapporteur
Patricia Laudati (Université de Valenciennes) – Professeure des Universités. Rapporteur
Stéphane Natkin (CNAM / ENJMIN) – Professeur du CNAM. Examinateur
Paul Ardenne (Université de Picardie) – MCF. Examinateur
Jacques Ibanez-Bueno (Université de Savoie Mt-Blanc) – Professeur des Universités. Directeur de thèse
Marc Veyrat (Université de Savoie Mt-Blanc) – MCF. Co-directeur de thèse


Résumé :


Sous quelles conditions un territoire est-il construit en regard de la programmation informatique ?
Comment reterritorialiser Internet à l'échelle du corps ?
Par où l'algorithme pénètre-t-il nos échanges symboliques ? Avec la société i Matériel, puisqu'il s'agit de composer avec les flux d'informations, nous devons presque accepter de partir de nulle part et d'in-terminer notre développement. Aussi, loin de vouloir établir des catégories ou des principes prétendant établir un plan d'action, cette thèse se pose le problème de ce qui toujours, dans un programme, échappe aux codes; des nouvelles images telles qu'elles débordent les écrans et des milieux humains, profondément hybridés par les automates programmés. Pour penser les flux, il est indispensable de considérer un terrain, un fragment de milieu humain. Deux projets en rapport avec cette notion de territoire – une mission de service public visant à mettre en réseau un ensemble d'opérateurs culturels sur la ville de Bourg-en-Bresse, et une œuvre d'art numérique investissant, par le portrait social, la question d'une ré-appropriation individuée des flux – nous permettront de faire progresser ce mi-lieu hyper-complexe entre le corps et le programme.
En définitive, il s'agira de voir quels genres d'affects il nous est nécessaire de connaître
afin que les réseaux numériques accompagnent une augmentation de notre puissance d’exister.


Abstract :


Under what conditions a territory is built in regard to computer programming?
How to reterritorialize Internet to a body scale?
In what way does the algorithm penetrate our symbolic exchanges? With the i-material society, since we have to compose in accordance to the flow of information, we almost have to accept to start from nowhere and un-finish our development. Furthermore, far from wanting to establish categories or principles that claim the establishment of an action plan, this thesis asks itself the problem of what, in a program, always escapes the codes; new images as they go beyond the screens and human environments, deeply hybridized by programmed automatons. To think flows, it is essential to consider a ground, a human environment fragment. Two projects related to the notion of territory – a public service mission aimed to develop a network of cultural operators all over the city of Bourg-en-Bresse, and a digital art work investing, with the social portrait, the question of a re-appropriation of individuated stream – will allow us to progress throughout this hyper-complex halfway between the body and the program.
Ultimately, it will be to see what kind of affect it is necessary for us to know
so that digital networks accompany an increase in our power to exist.




https://www.facebook.com/U-rss-200353426683013/
https://youtu.be/wn37G0m6SGE
http://u-rss.eu/

Krzysztof Bednarski 24/03/2012 07:06




Krzysztof Bednarski
Mr Marc-Verat (je vous ecris de Pologne alors
je n ai pas d accents sur le clavier)




J ai 29 ans, a 20 ans je suis rentre aux Beaux Arts de Paris, et je m interroge sur la valeur des etudes artistiques aujourd
hui.
Comment est-ce possible que pendant toutes les annees de college-lycee en France, mes professeurs m aient si peu appris? Ils nous faisaient faire des "arts plastiques", alors que la capacite a
dessiner ne sert pas seulement a ceux qui veulent faire les Beaux Arts, mais aussi a tout ceux qui s orientent vers les arts appliques, du design, de l architecture, de la botanique...
Ils se comportaient avec nous comme des artistes et pas comme des professeurs...


L Education Nationale n a pas fait son devoir.


Ensuite, j ai ete admis a l Ecole Nationale des Beaux Arts de Paris.
Cette ecole a pour but de faire faire de l art a des jeunes gens qui viennent a peine d y rentrer et la majorite peine a trouver un sens a sa propre passion.
Avec la disparition de l academisme il y a un enorme vide, du a l absence du sujet et a un grand manque d habilite "technique".
Les grands artistes modernes ont, pour la plupart, fait evoluer leur vision du monde de leurs acquis academiques vers des visions nouvelles mais ils n ont jamais cru que ces acquis etaient
desuets, c etait la base de leur connaissances.
Si on veut peindre comme Picasso il ne faut pas etudier Picasso, mais dabord etudier ce que Picasso etudiait.
Il y a trop d eleves qui passent ces etudes en pure perte sans avoir pu developper aucun atout particulier. On sait pourtant que la concurrence dans le marche de l art est feroce a la sortie de
l Ecole. Alors pourquoi des etudes si desinvoltes?
Pour regagner ses lettres de noblesse cette institution doit redonner a ses eleves un niveau de dessin et d expression qui les rendent non seulement apte pour une future carriere artistique,
mais aussi pour tous les autres domaines, du design, de l infographie, de l architecture, de la decoration...


Je propose d inverser la prevalence des ateliers artistiques sur les ateliers techniques, pour arreter de mettre la pression sur
les eleves - de faire tout de suite quelque chose d eminemment artistique sans en trouver le sens.


Merci

Mahtab Eskandarian 24/03/2012 07:02



Mahtab Eskandarian


Merci pour toutes ces vérités et cette bouffée d'oxygène.Ma déception et ma sensation d'étouffement dans le
milieu artistique a commencé à l'époque où j'étais étudiante en 1991.
Je suis née à Téhéran (Iran). Je suis arrivée en France en octobre 1989 et un an plus tard j'ai commencé des études d'Arts-Plastiques à l'université PARIS VIII.
Je ne voudrais pas être ingrate ni cracher dans la soupe mais je dois dire que je n'ai rien appris de nouveau au niveau de la pratique de l'art.
Heureusement, j'avais déjà un bon bagage. Je dessine depuis mon enfance, surtout des portraits et j'ai été élevée dans une famille où l'art a toujours eu une place privilégié.


A l'université PARIS VIII, la plupart du temps je ne comprenais pas ce qu'on nous
demandait, j'avais l'impression d'être sur une autre planète et puis au fur et à mesure j'ai bien vu que je n'étais pas la seule.
Il y avait beaucoup de cours théoriques mais pas assez de pratique et puis je ne m'attendais pas à cette façon de valoriser des tableaux qui ne ressemblent à rien, et à valoriser autant (si on
peut appeler ça de l'art) l'art conceptuel.
Nous n'avions pas de modèle vivant et le jour où l'un de nos profs en a eu marre, il nous a proposé d'être notre modèle vivant, il a été sanctionné, mais la séance nous a été très utile, à moi
comme aux autres étudiants.
Il était bien le seul prof à ne pas être un mouton.


Je pense que le problème en France, si je peux me permettre, c'est le manque de cours de
dessin. On apprend pas à dessiner aux élèves.
La plupart des artistes peintres que je connais actuellement autour de moi, avec tout le respect que je leurs dois, ne savent pas dessiner, ils ne connaissent pas vraiment les règles de la
perspective.
Bref, quand j'ai envie de voir de vraies peintures et aussi me fortifier l'oeil pour mieux peindre, je vais au Louvre. Je pense qu'il n'y pas de meilleur endroit pour apprendre.
Les tableaux nous parlent, ils ont une âme, ils me font vibrer, je me sens bien.
Je suis bavarde. Je m'en excuse. Ce n'est pas toujours le cas mais là il fallait que je vide mon sac.
Cordialement,Mahtab également sur myart

Guillaume Champeau 24/03/2012 06:57



Guillaume Champeau


Bonjour, tout d'abord. Et puis merci surtout !
 
Qu'il m'a été agréable de lire vos lignes. En plus d'être instructifs vos écrits vont me permettre de construire un propos critique (sur l'art contemporain) cohérent.
Je suis étudiant en troisième année de licence d'arts visuels (nouvelle formulation remplaçant "arts plastiques") à Strasbourg et je cherchais au hasard sur la toile des propos concernant les
dérives de l'art de nos jours. J'ai trouvé là des arguments convaincants ! 
Le passage sur les institutions et notamment sur l'enseignement de l'art aujourd'hui m'a particulièrement intéressé par sa clarté et son réalisme acerbe...
 
C'est une petite bouffée d'oxygène que j'ai ressentie en découvrant votre texte, car dans le milieu dans lequel j'évolue tout au long de l'année universitaire, je me sens bien seul. Entre les
pseudo-anarchistes-bourgeois fan de conceptuel et les psychopathes-fumistes-extrémistes pro-minimalisme je ne trouve pas vraiment ma place. Les quelques rares esprits "graphiques" comme moi
sont regardés au mieux comme de pauvres ringards, au pire comme des insectes nocifs à éliminer. Et si seulement c'était juste les étudiants qui avaient cette mentalité... mais
malheureusement les enseignants sont parfois bien pire.
 
Comment peut-on à ce point mépriser le graphisme, l'illustration et la représentation concrète et se dire professeur d'arts plastiques ? Et lorsque l'on cherche à savoir, lorsque l'on
questionne, on se heurte à un propos grotesque : "Le problème, avec vous les étudiants, c'est que vous ne maîtrisez pas assez le dessin pour que vos travaux dans ce domaine soient
intéressants". De qui se moque-t-on ? On nous prive d'un enseignement graphique au profit "d'atelier de pratique" où les pires choses sont à voir... On tourne en rond : on ne nous apprend pas à
dessiner puis on nous reproche de ne pas le faire assez bien.
 
Je pourrais passer des heures à médire sur l'université, sur les professeurs, sur les étudiants, sur les artistes... sur toutes les personnes et les institutions qui ont transformé l'art en
cette chimère répondant au nom "d'art contemporain".
Je suis de plus en plus déçu, voire dégoûté, du milieu artistique. J'ai même failli abandonner mes études dans ce domaine pour aller m'enfermer dans un bureau climatisé avec une veste grise et
des collègues joyeux comme des arbres morts. En plus de tuer l'art, tous ces démons vont finir par achever mes rêves.
 
Mais heureusement la passion renaît de temps à autre, et arrive l'espoir que se profile un changement, notamment quand je lis des gens comme vous. Alors juste merci et surtout encore
 !
 
Sympathiquement,
G.C.

education-programme 24/03/2012 07:45



MERCI