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Les Donneuses d'eau - Éric Jennings

12 Février 2017 , Rédigé par education-programme

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Donneuses d’eau. Une profession au cœur du thermalisme français (1840-1914) par Éric Jennings

Éric Jennings est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toronto. Spécialiste d’histoire coloniale française sur plusieurs aires géographiques, il est l’auteur de Vichy sous les Tropiques (2004), d’À la Cure, les Coloniaux ! (2011) et de La Ville de l’éternel printemps : Comment Dalat a permis l’Indochine française (2013).
Son dernier ouvrage, intitulé La France libre fut africaine, est sorti chez Perrin en 2014.

... Ce regain d’intérêt tient manifestement de la nostalgie et du visuel. Ainsi, l’artiste Marc Verat inaugure à Pougues-les-Eaux, en octobre 2012, une exposition intitulée « Donneuses d’eau et nymphes ». En calquant des tableaux académiques de l’époque romantique sur des images représentant les hauts lieux de la station, il produit un effet de décalage saisissant. À l’inverse des nymphes, les donneuses d’eau empruntées par Verat sont vêtues. Ici, l’éclat sensuel n’est ni feutré, ni implicite [Ill. 7 et 8] ; la distorsion, l’exagération savamment dosée par juxtaposition, s’étendent également aux allusions antiques, désormais ouvertement affirmées à travers le choix du tableau romantique d’origine. Mais la transformation donne également lieu à des pertes : les donneuses d’eau ont été dépossédées de leurs chapeaux, tabliers, bottes, écuelles emmanchées, et même de leurs verres. Ni dextres, ni souriantes, elles apparaissent mélancoliques, issues des classes aisées, et non populaires. Éloignées des leviers de la buvette, elles s’offrent au regard dans une passivité songeuse, avec la source en arrière-plan. Un tel clin d’œil reflète sans aucun doute le versant érotico-esthétique de l’activité telle qu’elle était imaginée au xixe siècle, sans compter un réel regain d’intérêt pour un temps révolu. En effet, les donneuses d’eauproduisent manifestement une sorte de souffle nostalgique (certes à petite échelle) reflété tant par ces images que par les emplois saisonniers à Vichy depuis l’an 2000. Dans ces deux cas cependant, le référent semble s’être vidé d’une partie de son sens. Car le métier qui nous intéresse fut surtout une source de revenu pour des femmes de l’époque, et comportait en outre d’importantes dimensions hygiénique, sociale et paramédicale. Or, tant dans ces montages qu’aux sources de Vichy aujourd’hui, celles-ci sont occultées pour ne laisser transparaître en fin de compte qu’un enchantement suggestif et un parfum « Belle Époque ».

Ill. 7 - Marc Verat, Œuvre, à partir d’un tableau de Charles-Amable Lenoir, créée pour l’exposition « Fin de siècle : Donneuses d’eau et nymphes », 2 au 7 octobre 2012, Pougues-les-Eaux, Parc Saint-Léger, Pavillon des sources
 

Ill. 8 - Marc Verat, Œuvre, à partir d’un tableau de William Godward, créée pour l’exposition « Fin de siècle : donneuses d’eau et nymphes », 2 au 7 octobre 2012, Pougues-les-Eaux, Parc Saint-Léger, Pavillon des sources

Reproductions avec l’aimable autorisation de Marc Verat

 

 

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