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1917 Ma chère petite femme

5 Février 2017 , Rédigé par Ludovic

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? Le 4 Novembre 1917

Ma chère petite femme,
 
Mon voyage s'est bien effectué. Je t'ai d'ailleurs adressé une carte en cours de route. Je suis en effet descendu à cet endroit pour profiter d'une auto de l'armée venue pour chercher mon compagnon de voyage. Cela m'a permis d'arriver dans la ville avant la tombée de la nuit.
Pauvre ville, combien changée en un mois. Je me suis rendu chez des gens qui m'avaient déjà hébergé mais peu s'en fallait pour que je ne retrouve pas la maison. Quatre maisons voisines sont absolument démolies. Il n'en reste plus que les décombres.
Aussi, les propriétaires ne viennent plus chez eux que le jour et la nuit ils vont coucher ailleurs. Ils m'ont donné la clé. J'ai couché seul dans la maison où j'ai d'ailleurs très bien dormi. Aujourd'hui, après pas mal de brouillard, il fait assez beau temps mais frais.
Je n'ai pas encore pu me renseigner au sujet de la vareuse. Demain je serai plus à même et verrai mes officiers.
Hélas, quelle triste vie et cependant je ne suis pas parmi les plus mal partagés. Mais c'est tout de même long. Nous nous étions mariés afin de vivre une vie paisible et tranquille, mais ce fléau vient nous séparer pour ne plus nous permettre que de nous revoir que de temps en temps, comme des collégiens en vacances.
Notre amour cependant n'en faiblit pas ; tu l'as encore constaté lors de ma dernière permission pendant laquelle nous avons passé de bonnes journées. Maintenant je t'embrasse de tout coeœur, en te remerciant aussi de toutes tes bontés. Tu es une bonne petite femme va ! Je t'aime tu le sais bien.
Tu me demandes toujours : qu'est-ce que l'on dit à sa petite femme ? Maintenant je vais te répondre : qu'est-ce que l'on écrit à son petit mari et je vais attendre impatiemment ta chère lettre.
Encore mille bons baisers de ton mari qui t'aime.
Ludovic
 
Lettre qui est passée par la Censure n° 3981.
Suivant la consigne, le militaire ne donne aucun détail de l'endroit où il se trouve.
1917 Ma chère petite femme
Le 6 Novembre 1917
 
Ma chère petite femme,
 
Encore un mois qui se finit et sans pouvoir apporter une solution.
Les lettres doivent être remises le matin, de très bonne heure, alors, craignant de n'être pas prêt je trouve beaucoup plus prudent de prendre la plume dans la journée.
Nous pataugeons pas mal dans la boue bien que, paraît-il, il y a quelques jours c'était encore pire. La température, les nouvelles, le bruit du canon, vous donnent le cafard. Les longueurs de la guerre nous font craindre que nous ne pourrons pas reprendre une vie normale avant peut-être longtemps. J'ai lu un communiqué boche dans un journal anglais. Il parle de 200 000 prisonniers et 1 800 canons pris sur le front italien. Le journal anglais ne faisant pas de commentaire, je suppose que ces chiffres doivent être considérés comme à peu près exacts. C'est un vrai désastre !
Ici c'est la vraie vie des camps. Par le beau temps cela va encore à peu près, mais avec la pluie et la boue c'est épouventable. De plus, je n'ai à peu près rien à faire en sorte que le temps est d'autant plus difficile à passer. Je lis et relis le même journal, lisant souvent entre les lignes. C'est triste quand on pense que l'on pourrait être si bien ailleurs, mais on parvient à se consoler en pensant que d’autres sont beaucoup plus malheureux que soi.
Par cette phrase que je te sers si souvent, je t'embrasse de tout coeur bien affectueusement.
Ton petit mari qui t'aime.
Ludovic
Je t'embrasse encore avant de faire partir cette lettre. Il pleut encore ce matin. C'est désolant.
 
Lettre contrôlée par la censure n° 3981

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