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Pilleurs d'Etat

3 Avril 2016 , Rédigé par education-programme

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Imprimé à Clamecy par Laballery SA

Pilleurs d'Etat

C'est le plus gros scandale d'évasion fiscale de l'histoire : que sont les Panama Papers ?

Des décennies de montages financiers opaques refont surface : 106 journaux internationaux publient tout au long de la semaine le fruit de neuf mois d'enquête sur les fuites d'un cabinet panaméen.

Les chiffres suffisent presque à caractériser l'importance de cette fuite. Les "Panama Papers", ce sont près de 11,5 millions de documents, piratés dans les archives d'un "champion du monde" de la création de sociétés offshore : le cabinet panaméen Mossack Fonseca.

Le tableau esquissé à travers ces fichiers, qui remontent à la création du cabinet en 1977, est à peine croyable : plus de 214.000 entités "offshore" créées ou administrées par cette seule société sur 38 ans, dans 21 paradis fiscaux différents et pour des clients de plus de 200 pays. Et ces clients ne sont pas n'importe qui : 12 chefs d'Etat dont 6 en activité, 128 responsables politiques et hauts fonctionnaires de premier plan du monde entier, et 29 membres du classement Forbes des 500 personnes les plus riches de la planète. Comme dans les affaires WikiLeaks ou UBS Leaks, ces révélations proviennent de l'initiative individuelle d'un lanceur d'alerte. Tout commence début 2015, lorsque des journalistes du quotidien allemand "Süddeutsche Zeitung" commencent à enquêter sur le rôle de Mossack Fonseca dans la fraude fiscale présumée de la Commerzbank, deuxième banque d'Allemagne.

Face à cette masse de données dont l'authenticité ne fait plus de doute, la rédaction du quotidien munichois décide d'appeler à l'aide de l'ICIJ, le Consortium international de journalisme basé à Washington. "Le Monde" participe à ce gigantesque travail commun, aux côtés de médias indiens, suisses, russes, américains, brésiliens ou japonais.

Les révélations paraîtront en feuilleton tout au long de la semaine. Néanmoins, on sait d'ores et déjà que le président russe Vladimir Poutine, par le biais de son entourage, la famille al-Assad en Syrie ainsi que le Premier ministre islandais Sigmundur David Gunnlaugsson, font partie des chefs d'Etat éclaboussés par le scandale. Le sommet de l'Etat brésilien serait également concerné.

Le monde du football n'est pas en reste. Des sociétés offshore créées par les Français Michel Platini (ex-président de l'UEFA) et Jérôme Valcke, récemment suspendus de la Fifa, figurent dans les fichiers. Le footballeur argentin Lionel Messi est également cité pour l'affaire portant sur ses droits à l'image.

Panama Papers: "La classe économique et politique française est concernée"

Des révélations spécifiques sur la France, mais aussi sur le milieu bancaire mondial, le continent africain et la Chine, suivront au fil de la semaine.

Le Panama est considéré internationalement comme une plaque tournante du blanchiment d'argent, et le cabinet Mossack Fonseca, implanté dans le petit pays d'Amérique centrale, s'est spécialisé dans la création de sociétés-écrans dans les paradis fiscaux qui permettent à leurs propriétaires de dissimuler leur identité grâce à des prête-noms. Toutes ces sociétés ne sont pas illégales et l'argent propre côtoie l'argent sale, l'argent gris, celui de la fraude fiscal, côtoie l'argent noir - celui de la corruption et du crime organisé.

Ce brassage indifférencié et cynique explique qu'on retrouve aussi bien grandes fortunes, stars du football, chefs d'Etat corrompus et réseaux criminels parmi les clients de la compagnie. Tous n'ont pas le même niveau de dissimulation : les clients qui veulent se rendre complètement indétectables s'abritent derrière trois ou quatre sociétés imbriquées les unes dans les autres, créées si possible dans des paradis fiscaux différents. Les courriels des employés de Mossack Fonseca confirment que les artisans de l'offshore parviennent toujours à conserver un coup d'avance sur les tentatives de régulation mondiale. La multiplication des intermédiaires fournit un argument tout trouvé au cabinet, qui, mis en accusation, renvoie la responsabilité vers les quelque 14.000 opérateurs (banques mondiales, fiduciaires, gestionnaires de fortune) qui mettent ses clients en relation.

Dans un récent entretien accordé à la télévision panaméenne, le cofondateur du cabinet, Ramon Fonseca, comparait son entreprise à une "usine de voitures". Un constructeur automobile doit-il répondre des forfaits commis par les criminels qui roulent dans ses voitures ?

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