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Petite synthèse combat art cont.

14 Juillet 2015 , Rédigé par Jacques-Yves Rossignol

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"Je maintiens que la critique théorique de l'art cont. est faite. On sait que c'est l'art correspondant à une certaine étape, une certaine phase du capitalisme. En fait, il n'y a peut être pas un document critique (livre ou article) faisant une critique complète, "systématique" de l'art cont., tout simplement parce que les gens qui écrivent n'ont pas les moyens des universités, des institutions de recherche. Mais ce n'est pas très important : on trouve d'excellents articles courts, très mordants et incisifs qui valent bien une thèse universitaire.
Donc inutile de tenter d'ajouter à cette critique, sauf si l'on veut faire des travaux de type universitaire : elle est faite. Inutile de la répéter constamment sous des formes diverses : ce n'est pas ainsi que l'on peut avoir une efficacité dans le monde de l'art.
Le combat contre l'art cont. peut et doit donc devenir un combat pratique. Mais ce n'est pas le plus facile !
La spécificité de l'art, au sens des "beaux-arts" c'est évidemment qu'il représente le monde sous forme sensible, affective, esthétique, "pathétique" comme on disait. C'est cette spécificité que l'on doit considérer si l'on veut intervenir dans le monde de l'art, d'une manière ou d'une autre. 
Deux précisions :
1) l'art cont. est froid, glacé, mais cela reste du "sensible", de l'affect, c'est de l'affect glacé, tout simplement !
2) bien sûr, on intervient aussi dans le monde de l'art par la critique, qui est une théorie, une science, mais la critique est un dérivé : l'art "sensible" existe avant.
 
Donc, on n'obtiendra aucun résultat, (aucun !) en attaquant le monde de l'art avec des discours d'ordre philosophique, moral, scientifique. La démonstration, l'adjuration,  ne sont d'aucun effet, puisque les artistes ont la possibilité d'esquiver tout cela par une sorte de primauté du sensible (du "sensible glacé" !) et de l'esthétique qui fascinent et qui déstabilisent tous les discours  : ils créent des oeuvres esthétiques et les discours "logiques" ne peuvent pas grand chose face à l'esthétique.
La seule stratégie efficiente pour déstabiliser l'art cont. (ou une école d'art en général), c'est de surplomber, de surmonter
le monde artistique en comprenant les luttes et les enjeux en cours et en introduisant dans ce monde des interventions spécifiquement artistiques, c'est à dire dans l'ordre sensible, esthétique. En simplifiant beaucoup : le seul moyen de déstabiliser le monde artistique, c'est d'y introduire des "oeuvres" qui changeront radicalement les données de ce monde.
Les gens qui râlent contre l'art cont. sont souvent inconséquents. Un de leurs mots favoris c'est : "Tout le monde pourrait en faire autant !". Affirmation trop rapide. Ils n'ont pas le courage de regarder le fonctionnement du monde de l'art contemporain en face. C'est un monde qui a ses principes, ses traditions et où l'on travaille beaucoup ! Pour en venir à l'essentiel, les artistes utilisent donc, le plus souvent semi-consciemment, des procédés d'esthétisation qui permettent de produire les oeuvres. On peut dire aussi procédés de distanciation. Ce sont surtout ces procédés de distanciation qu'il convient de bien comprendre et de s'approprier si l'on veut intervenir de manière efficace dans le monde de l'art cont.
En simplifiant : on doit retourner les armes de l'art cont. contre l'art cont.. Pour vaincre un milieu aussi soudé, aussi fermé, aussi bourgeois, il n'y a pas d'autre moyen, je pense.
 
Ce n'est pas facile, mais c'est intéressant, cela demande beaucoup de réflexion stratégique.
Pour ma part,  je pense maintenant à un seul projet un peu utopique et délirant de grande envergure qui surprendrait et déstabiliserait le monde de l'art cont.. Ce serait donc une vaste utilisation des procédés de l'art cont. contre l'art cont.. Je crois à cette option, mais ce n'est pas simple : il y a une part amusante et délirante, mais aussi une part qui demande beaucoup de rigueur, de précision. Et puis il faut trouver des moyens, convaincre des personnes qui refusent d'utiliser leur cerveau...
Pour l'instant, le projet existe sous une forme bizarre. Il n'est pas vraiment rédigé. Il est en morceaux sur des brouillons, des schémas, des mails. J'essaie de recruter des alliés, donc souvent j'essaie de le présenter par mail. Donc, il n'y a pas de version achevée. Il faudra pourtant arriver à une telle version de base, présentable (et pas trop délirante)... C'est l'une des tâches à venir."
 
Jacques-Yves Rossignol

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